La Fibre Scientifique - carnet de bord #3

Tuesday 02 July 2019

À notre tour, le 28 mai 2019, de rejoindre nos camarades dans cette aventure au Japon pour continuer la création de La Fibre Scientifique que nous avions amorcé au sein de l'école avec Oriza Hirata. Au bout de plusieurs longues heures d'avion et de voiture, nous arrivons au KIAC, à Kinosaki, et sommes accueillis par nos camarades et par le personnel du théâtre et de la Cie de Monsieur Hirata.
Après une réunion dans laquelle nous est expliqué le fonctionnement du lieu, de la ville de Kinosaki et nos conditions d’accueil, nous sommes conviés à un pot d'accueil dans un restaurant, premier aperçu de la ville le temps du trajet à pied. Nous y rencontrons l’équipe au complet : les comédiens coréens et Japonais, ainsi que les techniciens, accessoiristes, costumiers… L'ambiance est festive, et nous en profitons pour recueillir des informations sur les deux semaines précédentes que nos 6 camarades ont passées au Japon.
Le lendemain, nous débutons à 10h par une réunion "un meeting" pour reparler de certains points et présenter l’équipe de manière plus officielle. Nous comprenons que ces réunions seront chaque jour, pour préciser l'organisation de la journée et parler des différents aspects du travail et de la vie ensemble. Nous commençons ensuite directement les premières répétitions.

Le travail d'Oriza Hirata est assez difficile à cerner en premier lieu.
La fibre scientifique : le texte
Comment rendre intéressant des discussions à première vue banales, en étant dirigé sur nos temps de silence entre deux répliques, et avec une apparente absence de liberté dans nos actions ?
Ce n'est qu'en déplaçant notre travail que nous pouvons trouver la base du travail de cette pièce dont le reste découle : ce texte, analysé de façon scientifique, dans la géométrie, dans la mathématique du rythme et des tempos, crée une partition musicale où tous les personnages jouent en contrepoint, formant une symphonie à 14 instruments. Ce que l'on penserait le plus facile dans d'autres pièces - les conversations plus banales - deviennent en fait ce sûr quoi on doit porter l'attention.

Cette vision mathématique est très présente dans le travail d'Oriza. En quoi serait-il intéressant de travailler avec des androïdes dans sa mise en scène de La Métamorphose, sinon ?
C'est alors qu'il dirigeait une scène que j'ai compris. Alors que beaucoup de pièces de théâtre parle de meurtre, de guerre, de choses peu quotidiennes, le travail d'Oriza se porte, à la manière de Tchekov, des émotions plus universelles que sont la joie, l'amour, la honte... dans des tracas plus quotidiens.
De même, alors que la plupart du temps, la recherche se porte sur les actions et les phrases chargées d'émotions, Oriza s'intéresse à la coordination des dialogues qui se chevauchent et les temps de silence, de vides qui en disent long.
Le but est de donner au spectateur l'impression d'être lui-même un scientifique observant au microscope une petite société, prenant les histoires en route et devant déduire les situations, les relations entre les individus, et tout ce qui dépasse les dimensions de la scène.

Cette prise de conscience du travail de Monsieur Hirata nous a permi une grande avancée dans la création de La Fibre Scientifique.
Nous continuons les répétitions dans cette optique là, jusqu'à la générale publique, globalement bien accueillie, mais il nous reste encore du travail à faire.

Nous partons donc de Kinosaki pour l'université Shikoku Gakuin, où nous allons bièvement continuer les repétitions mais surtout, où nous allons confronter la pièce au public.

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