Le blog de Yannick Cotten

MARRAKECH-MAROC

Monday 10 June 2019

ROMÉO ET JULIETTE

Après une première semaine à la maison Denise Masson, nous arrivons dans l'après midi du lundi 20 mai au Mövenpick, un grand hôtel de Marrakech partenaire de la création.
L'hôtel est situé tout proche des grands axes routiers qui traversent la ville de Marrakech. En dehors de la médina, une autre ville apparaît sous nos yeux : plus moderne et riche. Le Mövenpick est un hôtel aux allures de Club, de toute évidence pour les vacances touristiques. En période de ramadan, de nombreuses chambres de l'hôtel restent inoccupées, ce qui va nous permettre de profiter pendant deux semaines et demi de chambres individuelles tout confort, ainsi que d'une piscine lors de nos moments de détente. L'hôtel est situé juste à coté du Palais des Congrès de Marrakech, qui possède de nombreuses salles de travail et de spectacles, et que nous allons utiliser pour nos répétitions.
Autre détail d'importance : pour remercier le Mövenpick de son accueil, nous devons préparer pour le 30 mai une présentation d'une partie du travail. Cette présentation, annoncée comme une lecture, sera au final une première mouture en jeu de l'épisode 1 ainsi que de la moitié de l'épisode 2

Dès l'après-midi de notre arrivée, nous nous mettons au travail.
L'organisation est très simple : les scènes sont travaillées dans l'ordre de l'intrigue, nous en travaillons 3 ou 4 par jours, la présence de tout ceux qui sont présents dans ces scènes est requise.
La salle dans laquelle nous travaillons, qui sera aussi celle de la représentation, présente différents aspects : elle est extrêmement grande, ce qui nous permet de commencer à nous habituer aux grands espaces de représentation d'Alès et de Mons en juillet prochain.
Anne-Laure dès le départ organise l'espace de façon très claire : d'un coté (Jardin) la maison des Capulet, de l'autre (Cour) la maison des Montaigu. Au centre, l'espace de rencontre (de nombreuses bagarres éclatent dans la pièce) et sur la scène, l'intérieur de la maison des Capulet dans laquelle aura lieu la scène du bal, la rencontre entre Roméo et Juliette.
Pour le second épisode, cet antagonisme Jardin/Cour est préservé, mais le plateau définitif sur lequel nous jouerons une fois le spectacle créé sera divisé en trois :
un grand espace central qui sera la rue (lieu notamment du duel Tybalt/Mercutio) qui est ici encore la scène de la salle,
deux plus petits plateau : à Jardin la chambre de Juliette, à Cour la cellule de Laurent.
Un avantage indéniable que ce grand lieu, il permet de prendre conscience du parcours d'un personnage même dans les scènes ou il n'est pas présent. Ainsi, tout au long du 2ème épisode, Roméo donne la sensation de courir partout et de ne s'arrêter brièvement que pour repartir de plus belle. Un lieu qui donne aussi la mesure du rythme de la pièce, frénétique et virevoltant.

En revanche, l'avantage de la taille de cette salle est contrebalancée par une acoustique difficile, avec beaucoup d'écho. Cela nous oblige alors à nous concentrer sur l'articulation ainsi que sur le volume de la voix, forte sans être hurlée (la voix hurlée est vite insupportable dans ce genre d'acoustique). Le murmure est aussi complètement banni de cette pièce. Tout doit être dans l'amplitude et la hauteur, doit être lisible et visible de loin. Nous remarquons d'ailleurs rapidement qu'une voix moins forte, même si elle peut-être entendue dans une salle avec un écho très fort, fait redescendre non pas seulement le volume, mais aussi la force de tous les enjeux d'une scène. Ce n'est donc pas qu'une considération technique mais bien un parti-pris de jeu.

Sur de nombreuses scènes ou les enjeux et les situations ont été clarifiés la semaine précédente, le plus gros du travail s'axe à présent sur les placements des corps dans l'espace. C'est un des points importants pour Anne-Laure, qui s'attache à rendre lisible les mouvements des corps tout au long du travail. Les placements et les encrages semblent être un moyen pour elle d'écrire le sens de sa mise en scène, de mettre en lumière le texte de façon claire et précise.
Jusqu’à présent, nous nous attachons purement et simplement à raconter une histoire, et avec le choix des diverses langues, il faut se méfier de tout autre élément qui puisse brouiller les pistes de compréhension. C'est donc très rapidement un travail de précision qui est demandé à l'interprète, à partir de l'instant ou son ancrage scénique est juste.
La scène du bal, pivot de l'épisode 1, est un exemple marquant : c'est une scène qui sollicite tout le monde, et qui demande une grande écoute de la part de tous. Dans cette séquence s'introduisent de nombreux mouvements de va et viens, des parties de texte alors que tout les autres chantent et dansent derrière. Un alliage minutieux qui doit garder toute sa spontanéité, ne pas être trop fixé, sans non plus virer à la cacophonie générale.

Dans les répétitions, je comprends rapidement que le rôle de Roméo demande une grande énergie, une énergie qui doit cependant être utilisée à bon escient, et seulement là où elle doit être indispensable. Anne-Laure m'amène très rapidement à en faire très peu sur une certaine composition du personnage. En cela, la distribution est bien faite, et mon état d'être de base est déjà très proche de ce qu'elle attend pour ce rôle. Tout l'effort doit donc plutôt se focaliser sur la précision, notamment du texte et des placements, sur une écoute perpétuelle des situations et des camarades.
Le filage d'un épisode me demande très souvent de simplement réagir le plus possible, être vif et conscient d'un certain tempo, lié au texte. C'est très athlétique. Il me traverse au cours d'un filage un grand sentiment d'aisance et de jouissance presque insolente et en même temps une attention presque hors norme, une grande ouverture des sens. Je suis absolument épuisé à la fin d'un filage. C'est un endroit de jeu qui semble juste, mais qui risque de me desservir dans la suite du travail si je manque d'écoute. Un jeu « sur la corde ».

Alors que nous approchons de la date du 30 mai, nous avons reçu de plus en plus de visites liées au projet : Mathilde Priolet l'administratrice de la compagnie du Festin, Séverine Thébault la costumière du spectacle, Patrice Lechevallier le régisseur général, Jean-François Drian directeur de la scène du Volcan au Havre, et Olivier Keimed auteur des prologues et épilogues. Tout ces différents regards extérieurs permettent de donner un nouvel enjeu à chaque filage, de tester la compréhension de l'ensemble en permanence.
Le soir de la présentation, une soixantaine de personne étaient présente, essentiellement des marocains connaissant bien l'Institut Français du Maroc. Ce fut une présentation satisfaisante, qui permis notamment de tester pour la première fois la cohérence de l'ensemble, et l'énergie puissante que demande une pièce comme celle-ci.

Après le 30 mai, il nous reste un peu moins d'une semaine de travail au Mövenpick, une semaine consacrée à la deuxième partie de l'épisode 2. La fin de cette session est marquée par une plus grande fatigue de toute l'équipe. Il nous reste cependant des scènes avec de grands enjeux à créer, notamment la mort de Mercutio et Tybalt, qui nous demandera beaucoup de temps pour trouver le rythme interne de la scène.

Le dernier filage avant le départ fut assez difficile, le rythme après la mort de Tybalt et Mercutio s'emballant complètement et le manque de précision nous amenant à forcer les intentions de jeu, jusque parfois les limites difficiles de l'hystérie. Nous fumes aussi bien perturbé par un changement de salle imprévu, qui nous forçat à réviser pas mal de nos placements, à les adapter dans un contexte non adéquat. Nous terminons ce cycle de répétition au Mövenpick en ayant particulièrement bien travaillé le 1er épisode ainsi que la première moitié de l'épisode 2, la seconde moitié demandant un approfondissement qui viendra plus tard.
Le mardi 2 juin au soir, nous préparons nos affaires pour aller ensuite dans notre troisième et dernier lieu de résidence : La Villa Janna.

Roméo et Juliette
(ou la douloureuse histoire de Juliette et de son Roméo)
De et d'après William Shakespeare
mise en scène et conception, traduction et adaptation Anne-Laure Liegeois

collaborateur de création pour le Maroc Khalid Tamer
auteur des prologues Olivier Kemeid
traducteur du français au darija et à l’arabe Ghassan El Hakim
collaborateur directeur d’acteur master classe, comédien Olivier Dutilloy
travail chorégraphique Sylvain Groud
assistant à la mise en scène Amine Naouni
chef décorateur François Corbal
costumes Séverine Thiébault
régisseur général Patrice Lechevallier
Avec Ayoub Abounnasr, El Hocine Aghbalou, Amal Ayouch, Taha Benaim, Mehdi Boumalki, Yannick Cotten, Olivier Dutilloy, Ulysse Dutilloy, Ghassan El Hakim, Moktar Hsina, Jean-Christian Marcovici, Paul Pascot, Agnès Pontier, Achille Sauloup, Khadija Zaroual, Noureddine Madrir Soubai

Prochaines dates :
> Du 01 au 06 juillet 2019  au Cratère Surfaces - Alès International Outdoor Festival - Alès
> Du 08 au 10 juillet 2019  au Mars - Festival au carré - Mons

Production Le Festin – Compagnie Anne-Laure Liégeois
Production Maroc : Compagnie éclats de Lune
Coproduction Le Cratère Scène Nationale d’Alès et L’Agora Scène nationale d’Évry
avec le soutien des Instituts français de Marrakech, Rabat, Casablanca, Meknès et Fès et du Mövenpick Marrakech
avec le soutien du Fonds d'Insertion professionnelle de L’Académie de L’Union - ESPTL, DRAC Nouvelle-Aquitaine et Région Nouvelle-Aquitaine
Remerciements particuliers à la Comédie Française, au Théâtre de l’Union CDN du Limousin, au Volcan Scène nationale du Havre, au Centre Chorégraphique National de Roubaix.

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