Stage mutualisé ACADÉMIE UNION/ESTBA

DU MARDI 5 FÉVRIER AU SAMEDI 16 FÉVRIER 2019

parties

Infos

1ère EXPÉRIENCE

Les deux écoles supérieures L'ESTBA (Ecole Supérieure Théâtre Bordeaux Aquitaine) et L'Académie de l'Union, ont expérimenté durant 2 semaines (1ère semaine en ville à Bordeaux & 2ème semaine à L'Académie de l'union, dans la campagne près de Limoges) un stage réunissant leurs deux promotions de 3ème année.
Deux intervenants, anciens élèves, David Gauchard pour Limoges et Delphine Becquet pour Bordeaux, ont travaillé sur un thème commun qu'ils ont défini : EXCLUSION.
Chacun avec son groupe d'élèves (moitié ESTBA, moitié Académie), dans des espaces séparés a invité les élèves a s'inventé, à improvisé dans son univers à partir de textes choisis. 
La découverte des deux "expériences" a fait l'objet d'une restitution d'atelier surprenante et riche autant humainement qu'artistiquement, encourageant les deux directeurs pédagogiques Franck Manzoni (ESTBA) et Paul Golub (Académie) à poursuivre les stages mutualités entre les deux écoles de la région Nouvelle-Aquitaine avec leur prochaine promotion.

ATELIER DIRIGÉ PAR DELPHINE HECQUET

EXCLUSION

img_1664.jpg


"De mon côté, je travaillerai à partir du livre de la journaliste Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham. Cet ouvrage est l'aboutissement d'un travail d'enquête dans lequel, pendant six mois, Florence Aubenas s'est totalement investie pour « vivre la vie » des plus démunis, ceux et surtout celles qui galèrent de petit boulot en petit boulot, de travail précaire (femme de ménage par exemple) en travail à temps partiel qui ne permet même pas d'en vivre.Au départ de ce livre, il y a une question qui taraude Florence Aubenas : comment définir et préciser l’impact de la crise économique sur la vie quotidienne des plus défavorisés, que la vie n’a pas gâtés et qui n'ont souvent connu que le travail temporaire et le chômage? Elle veut comprendre les mécanismes de l'exclusion sociale et la vraie signification du mot « crise » pour cette population, et témoigner. Pendant plusieurs mois, elle joue le jeu et entre dans la peau d’une femme d’une quarantaine d’années, sans formation, sans expérience professionnelle, à la fois femme de ménage et bouche-trous, qui n'est que « transparente ».

img_1705.jpg


Elle choisit Caen, ville moyenne a priori sans difficultés particulières, où elle n’a aucune attache, pour chercher un travail, affronter les limites et les incohérences du système socio-économique et découvrir un Pôle emploi dépassé par l’ampleur de ses missions et le cynisme des officines de placement. Parmi ses nombreux emplois, l'un d'eux
consiste à nettoyer, quand ils sont à quai, les ferries assurant la liaison entre Caen-Ouistreham et Portsmouth, d'où le titre de l'ouvrage. Tout au long de son récit, elle rencontre des gens obnubilés par leur survie quotidienne sans savoir de quoi demain sera fait ; cela lui permet de dresser de beaux portraits de femmes, dépassées ou transcendées par leur condition.
Avec les élèves que je rencontrerai pendant cet atelier, je chercherai à transmettre ce que peut être un processus d'écriture au plateau, à partir d'un matériau textuel, documentaire, journalistique, en prise avec le réel puisqu'il trouve des résonances avec l'actualité bien

img_1753.jpg

que publié en 2010
."
Delphine Hecquet

"Ils disent: "Apprenez à faire le deuil de l'emploi que vous aviez. Vous ne pourrez pas influencer la situation ou agir contre le projet politique : il vaut mieux lâcher prise. Si vous résistez, vous risquez la dépression.
Les jours où ça ne va vraiment pas, prenez votre voiture, faites le tour du périphérique, et allez crier dans un champ."
Mais moi frère
J'ai pas de voiture parce que demain j'ai toujours pas le permis
Je peux même pas aller crier dans un champ." (F. Aubenas/D. Hecquet)
Photos delphine Hecquet

ATELIER DIRIGÉ PAR DAVID GAUCHARD

EXCLUSION

cdavid_gauchard1.jpg

Lecture improvisée de notre adaptation N des films Katzelmacher & Tous les autres s'appelle Ali de R.W Fassbinder dans les rues de Bordeaux.

"Le mot exclusion m’a tout de suite fait penser au bouc de Fassbinder. Le film de 1969, mais également la pièce de théâtre qui a suivi.
J’aimerais lors de ce stage en imaginer une ré-écriture à mi-chemin entre théâtre et cinéma que nous nommerons N.
Dans la postface à sa traduction de la pièce Le Bouc, Philippe Ivernel raconte que le titre allemand Katzelmacher (littéralement : faiseur de chatons) est un terme de mépris dès la fin du XVIIIe siècle en Allemagne du sud à l’encontre des travailleurs étrangers venus d’Italie. C’est pourquoi dans la pièce et dans le film, quand les individus désœuvrés et désargentés qui se connaissent depuis l’enfance et sont restés vissés à leur quartier, vivant de petits boulots, de petites combines et pour certains et certaines de prostitution occasionnelle, voient arriver dans leur coin un étranger, ils le prennent pour un Italien, alors qu’il est grec, s’appelle Jorgos et ne comprend pas l’allemand.

cdavid_gauchard2.jpg

Par son existence même et son intrusion dans le quartier, l’étranger va être le lieu de tous les fantasmes (violeur, etc.) et canaliser les frustrations, les haines. La sexualité étant une allumette qui met le feu aux poudres, Marie quittera son mec qui ne l’aime pas et la tabasse pour cet étranger, rêvant de partir avec lui en Grèce même si Jorgos y a
femme et enfant, parce que là-bas « tout est autrement qu’ici » (derniers mots du film), rêvant par là même de devenir, elle aussi, une émigrée, une étrangère.
Il ne s’agit pas ici de couleurs de peau ou de religion, mais juste de l’incursion d’un corps étranger qui exaspère l’oppression sociale (exploitation économique qui ne va pas sans une exploitation érotique chez Fassbinder). Et c’est d’autant plus fort que c’est Fassbinder lui-même qui interprète le rôle de l’étranger, du Grec Jorgos.
Pour enrichir notre adaptation et bien préparer notre travail, je recommande bien évidement la lecture de la pièce et le visionnage du film, vous verrez c’est assez différent.

cdavid_gauchard4.jpg

On peut également piocher quelques idées dans d’autres pièces de Fassbinder, je pense naturellement à Tous le monde s’appelle Ali, qui vient tout juste de sortir chez L’Arche, je viendrais avec une copie, je vous propose aussi le film La Vague à partir du roman de Todd Strasser (je n’ai malheureusement trouvé qu’une version VF).
Un simple matériel pour prendre le son (style Zoom), une perche, nos smartphones, nos ordinateurs, des logiciels de montage basique, mon pico-projecteur et beaucoup d’ingéniosité devrait faire l’affaire.

 

 

 

cdavid_gauchard5.jpg

Lecture improvisée de notre adaptation N des films Katzelmacher & Tous les autres s'appelle Ali de R.W Fassbinder dans la campagne de Limoges

avec Claire Angenot, Isabella Olechowski, Laure Descamps, Gabriel Allée, Nicolas Verdier, Quentin Ballif, Yannick Cotten, Shanee Krön, Garance Degos, Marion Cadeau, Zoé Briau, Léopold Faurisson, Mickaël Pelissier et Alexandre Gillet.

 

 

 

 

cdavid_gauchard6.jpg

cdavid_gauchard7.jpg