Le blog de Laure Descamps

première semaine en Russie

Mardi 23 octobre 2018

En notre premier jour de rencontre franco russe, nos hôtes bienveillants nous ont fait découvrir leur travail lors d'une présentation. Celle ci, nourrie par beaucoup de leurs travaux faits avec leurs deux professeurs d'interprétation dura 3h30. Nous vîmes leurs synchronisations, des improvisations collectives à thèmes ou ils étaient tous présents sur le plateau et des études silencieuses sur des sujets de leur choix. La présentation étant prévue pour nous, la majorité des chanteurs choisis pour les synchronistes était francaise. Nous eûmes donc le plaisir de retrouver à Saint Pétersbourg des artistes comme Jacques Brel, Lara Fabian Edith Piaf ou Dalida. Nous connaissions tous les titres interprétés de près ou de loin : Je t'aime, Ces gens-là, Ne me quitte pas, Je suis malade et même Le Temps des Cathédrales. Nous étions tous impressionnés par la précision de leur prononciation dans une langue qu'ils ne parlent absolument pas. Nous avons également découvert des artistes russes que nous ne connaissions pas. Après le temps des synchronistes vint le temps des études en petits groupes : un fils qui part à la guerre, une femme qui part seule de chez elle en laissant une lettre et son mari la surprend, une mère avec des traces de coups apportant un cadeau à son enfant devant les portes de son foyer, une femme devant un jardin d'enfants qui se démaquille, une improvisation collective sur le thème des arbres. Les situations étaient touchantes et nous avons tous été très émus par ces jeunes acteurs qui allaient devenir nos collègues de travail et nos compagnons pour plein de bons moments.

Travail au sein de l’institut des Arts scéniques de Saint Pétersbourg.

Notre première rencontre avec l’institut a commencé par un cours de mouvement scénique avec le professeur Igor Katchaév. A notre arrivée, certains de nos camarades russes nettoyaient la salle au rythme d’une musique américaine. Les premières conversations se firent donc, happées par cette masse sonore galvanisante. Nous nous mîmes rapidement au travail. Au programme, étirements en duos , exercices d’agilité et portés acrobatiques. Ne pas chercher le résultat, se concentrer sur le processus de l’exercice, être à l’écoute du partenaire : ces règles de travail nous furent souvent répétées durant ces deux semaines. Lors de la seconde séance, nous avons expérimenté de nouveaux exercices tournés autour de l'agilité, de la précision et de la tenue du corps. Nous étions sans doute beaucoup moins précis que nos camarades mais nous y avons mis tout notre coeur. Ashille a bien défendu nos couleurs en remportant la course de déplacements “en vagues”. L’ambiance de fin de séance était à la fête et la célébration après l’annonce du professeur, tout le monde était reçu en seconde année pour cette discipline. Le cours de chant que nous avons suivi avec Ivan Blagoder s'organisait en trois parties. La première partie "Classique" était plutôt orientée sur la préparation de l'oreille, il fallait reproduire en vocalise les accords et intervalles qui étaient joués au piano. Pour cette première partie, les élèves français étaient seuls à le réaliser, Ivan très attentif veillait à nos prises de respirations et à notre justesse. La deuxième partie "Diapason Vocal" était davantage basée sur l'échauffement musculaire (langue, mâchoire, lèvres...) où l'accent de l'exercice était plus la précision de l'articulation que la justesse musicale. Dans la troisième et dernière partie "Training Jazz et Chant", nous étions mélangés aux élèves russes, il fallait lier et justesse et précision. Après ce training jazz nous travaillions un chant russe inspiré d'un poème de Pouchkine Ya pomnyu chudnoye mgnoven'ye (Je me rappelle l'instant merveilleux) où français et russes chantaient ensemble en russe. Ce qui fut marquant et intriguant dans ce cours de chant c'était certainement l'approche brute de la technique vocale. Aucun discours interminable n'a été prononcé mais des enchaînements d'exercices pratiques pour mieux comprendre le propos. Le cours de danse avait pour visée la découverte du corps. Il a été vite précisé que nos déplacements devaient être motivés par des objectifs. Nous avons donc explorer les éléments à travers un parcours d'échauffements. Nous devions tenter d'incarner par l'eau, l'air, la terre et le feu, tandis qu'au piano se jouait le sacre du printemps d'Igor Stravinsky. Les élèves russes nous ont présenté une impressionnante séries d'exercices et mouvements de danse classique qu'ils ont étudiés tout au long de cette année. Une fois de plus nous avions un témoignage de leur rigueur corporelle. Le cours d’interprétation de Yuri Krasovsky dédié aux nouvelles du Décaméron a débuté avec une étude portée sur la séduction. Un élève russe, devant interpréter un jardinier abusé par des bonnes soeurs en révolte, a dû se prêter à un exercice intriguant : il devait séduire toutes les élèves françaises et russes par des gestes tendres, l'une après l'autre, chacune devant manifester honnêtement leur satisfaction. Une fois le tour terminé, l'élève russe se trouvait dans un état de fatigue proche de celui du personnage. Cet exercice nous a donc permis d'aborder concrètement les enjeux de cette nouvelle. Ensuite nous avons engagé des études autour d'autres nouvelles visant à comprendre le thème de l'oeuvre, c'est à dire ce que l'on veut communiquer au public sans pour autant coller à la fable. Il s'agissait d’avantage de s'approprier les enjeux de l'histoire que d'en illustrer chaque évènement. Le vendredi après midi, nous avons fait la rencontre du second professeur d’interprétation, Mikhail Ilyine. Après une présentation d’étude sur une musique de Stromae, nous avons enchaîné sur un training collectif dont la première partie consistait à faire sortir le petit diable qui dort en nous, un travail sur la cohésion de groupe et le lâcher prise ; beaucoup de rires et de partage d’énergie. Nous avons ensuite travaillé notre équilibre avec des balles de tennis et pour finir nous avons apprivoisé notre instinct et notre écoute en “chassant” nos camarades les yeux fermés, par groupes de trois. La séance s’est terminée sur une proposition de mise en scène d’un conte de fée russe. Le soir venu, tous les élèves russes et français travaillaient ensemble dans l'unique salle de répétition, tentant d'appliquer les directions de Yuri Krasovsky. Cela donnait lieu à des échanges parfois insolites, de longs débats que seule la fermeture de l'école pouvait interrompre. Nous étions tous très enthousiastes à l'idée de collaborer. Les propositions de mises en scène se multipliaient si bien que parfois nous nous retrouvions à présenter le lendemain notre travail aux professeurs en ayant peu répété. Malgré ces conditions de travail très singulières, parfois contraignantes, nous sommes parvenus à proposer de nombreuses études très intéressantes autour de ce grand classique qu’est le Décaméron.

Sorties culturelles

La visite de Saint-Pétersbourg

A la fin de notre première journée de travail nous avons rejoint nos camarades russes et Yury Krasovky pour la visite de Saint-Pétersbourg. Notre parcours a débuté devant le théâtre Alexandrinsky, véritable emblème du théâtre russe, ayant accueilli des pièces de Meyerhold ou encore la première création de « La Mouette » d'Anton Tchekhov. Nous continuons notre parcours vers la Perspective Nevsky. Sur cette immense avenue de 4,5 kilomètres de long, nous découvrons la cathédrale néoclassique Notre-Dame-de-Kazan, l'église arménienne, la galerie marchande Gostiny Dvor, la maison du livre, ou encore le pont Anitchkov... Régulièrement au cours de la visite, Yury devenait professeur d'histoire de Saint-Pétersbourg, nous racontant l'histoire et l'importance de certains monuments que nous croisions. Ensuite tous les yeux français se sont émerveillés lorsque nous sommes passés sous l'arc de triomphe du Palais de l'état-major. Nous étions au beau milieu de la Place du Palais, face à la colonne d'Alexandre et l'un des plus célèbres bâtiments de la ville ; le Palais d'hiver. Nous avons contourné le palais d'hiver pour se rendre au bord de la Neva. Nous nous sommes arrêtés pour observer la forteresse Pierre-et-Paul située de l'autre côté de la Neva. Prison dans les années 1710, convertie en musée en 1924, endommagée par les nazis au cours du siège de Leningrad, nous écoutions, au bord de l'eau, l'histoire de la forteresse avant de repartir en direction du champ de Mars. Notre dernière halte fût au centre du mémorial de la révolution, où se trouve la flamme éternelle, en mémoire des victimes de la Grande Guerre Patriotique. Ce fût une merveilleuse ballade dans le coeur de Saint-Pétersbourg faîte par un vrai Pétersbourgeois ! Nous avons découvert des monuments impressionnants autant par leur taille que par leur architecture. Nous pouvions commencer le travail avec un peu plus de connaissances sur l'histoire et la culture de nos camarades russes.

Sortie au théâtre : Vôtre Gogol. Le dernier monologue, mis en scène par Valery Fokine

Nous avons découvert le spectacle de Valery Fokine « Vôtre Gogol. Le dernier monologue » à la Nouvelle Scène du Théâtre Alexandrinsky. Pendant une heure, le spectacle retrace le compte des derniers jours de Gogol, le célèbre écrivain russe. Basé sur des documents historiques et de la fiction, le spectacle traite également des convictions philosophiques et religieuses de Gogol, ainsi que des interrogations sur la place de l'écrivain dans la société. Ce qui m'a le plus marqué dans ce spectacle, et je crois que c'est le cas pour beaucoup d'entre nous, c'est le rapport à l'espace. Les acteurs jouaient sur une scène minuscule, quand soudain l'un d'entre eux tirait le rideau. Devant nous s'ouvrait une scène plus profonde, dans laquelle se construisait tout un univers visuel, très coloré, rappelant les contes de fées, puis les paysages urbains de Saint-Pétersbourg fait avec des maquettes... Bien sûr nous n'avons pas compris le texte, c'était en russe ! Heureusement au théâtre il y a le corps des acteurs et l'espace qui nous ont permis de comprendre les situations.

Palais de marbre

Le jeudi matin nous avons visité une partie du Palais de marbre, situé au bord de la Neva, non loin du champ de Mars. Palais du XVIIIème siècle de style néoclassique construit pour l'un des favoris de l'impératrice Catherine II, ce bâtiment fut nommé de cette façon en rapport au divers marbres qui ornent sa façade ainsi que ses murs extérieurs. A l'intérieur, nous avons tout d'abord fait le tour d'une exposition consacrée à deux artistes allemand : Ernst Barlach (1870-1938) et Käthe Kollwitz (1867 – 1945). Le premier, principalement sculpteur dit expressionniste mais aussi graveur et dessinateur, est le géniteur d'une oeuvre fortement marquée par son expérience de la première guerre mondiale. C'est un art sombre, quasi mortuaire (il érigera de nombreux monuments aux morts) qui sera considéré comme dégénéré par les nazi. Pour la seconde, elle-même aussi sculptrice, graveuse et dessinatrice, c'est l’expérience de la mort d'un de ses enfants à la guerre qui va profondément marquer son oeuvre. Ses sculptures deviendront le symbole des parents dont un fils est tombé au combat. Ses deux artistes, réunis dans une même exposition, avaient de nombreux points communs, avec tout d'abord l'époque et le contexte historique communs (fin XIXème, première guerre mondiale et rapport avec le nazisme), mais aussi l'accointance esthétique, expressionniste, sombre et épique et le rapport à la guerre, fascinant et traumatique. Deux artistes à l’oeuvre puissante que le hasard de la visite nous a permis de découvrir, car sans aucun lien avec la ville, à part peut-être le rapport complexe à la guerre et au nazisme que Saint Pétersbourg porte elle aussi dans ses gênes depuis le blocus de la seconde guerre mondiale dont nous parlait Yuri lors de la visite de la ville. Après cela, nous avions peu de temps pour visiter le palais en lui-même, nous avons brièvement visité deux-trois salles, dont l'une des plus somptueuses du palais, avec les fenêtres donnant sur la Neva.

Le dimanche, nous sommes partis en bus dans les environs de Saint-Pétersbourg pour visiter deux lieux emblématiques de l'histoire russe.
Tsarskoïe Selo (Parc Pouchkine)

Notre première visite de la journée se situait dans la ville aujourd'hui portant le nom du plus célèbre poète russe : Pouchkine. Nous avons surtout fait un grand tour plutôt succinct du parc du Palais Catherine, une des résidences impériales de l'impératrice. Le parc, d'allure gigantesque (plus de 100 hectares), comporte de nombreux éléments décoratifs et/ou divertissants pour la noblesse de l'époque. Des éléments comme de petites fabriques de jardin, une petite chapelle près d'un très beau lac, ou encore des pavillons que nous avons pu explorer de l'extérieur seulement, les intérieurs étant inaccessibles. Une longue balade de début de journée très apaisante sous le soleil après la semaine chargée ainsi que la soirée de la veille avec les camarades russes, plutôt arrosée... Après une photo de groupe en face de la statue Pouchkine, nous voilà repartis pour une demi-heure de trajet pour s’arrêter dans un petit parc pour une pause déjeuner, déjeuner que les camarades russes nous ont généreusement offert. Après cela, encore un temps de trajet pour arriver au second lieu de visite de la journée, Peterhof.

Peterhof

Ville située à 25 kilomètres du centre de Saint-Pétersbourg dans laquelle se trouve le palais de l'empereur Pierre le Grand, construit dans les années 1720. Un palais surnommé « La Versaille du Nord » car le tsar voulait son palais et ses jardins aussi magnifiques que le palais de Louis XIV. Comme pour le matin, nous avons seulement visité le parc et les jardins du palais, célèbres pour ses fontaines. Nous nous sommes promenés pendant près de deux heures et demi dans les jardins, séparés en petites groupes. Divers éléments ont attiré notre attention comme les jeux d'eau près de certaines fontaines, les écureuils ni peureux ni farouches ou encore la mer Baltique qui s'offrait à nous au bout du parc. Encore une fois, une visite calme et tranquille, qui nous a permis de plus partager avec les camarades de l'institut russe.

Les premiers jours de vie quotidienne à Saint Petersbourg

À la descente de l’avion tout est différent. L’odeur de la nuit, les couleurs des lampadaires, l’attitude des douaniers. La première surprise c’est l’accueil qui nous est réservé. À la froideur des douaniers Russes on peut opposer la chaleur de nos camarades de l’académie de Saint Petersbourg qui sont venus nous chercher avec les voitures de leurs parents. L’anglais s’impose, de suite. Ils sont aussi gênés que nous de leur niveau, il va falloir parler avec les mains. On ne peut retenir une pensée émue pour nos professeurs d’anglais successifs depuis l’arrivée à l’acad. Merci. Car maintenant que le voyage est terminé et que les amitiés sont liées, on peut dire qu’on a su trouver les moyens de communiquer. Mais nous n’en sommes pas là. Les parents de nos camarades nous emmènent en 4X4 vers notre auberge de jeunesse et nous entamons la première traversée de Saint Petersbourg. Monumentalissime. Les rues sont rectilignes, infinies, et à notre grande surprise, parcourues d’enseignes issues de la mondialisation telles qu’Auchan, Burger King ou Decathlon. Tout est juste vingt fois plus grand. Le trajet jusqu’à l’auberge semble immense mais notre chauffeur nous régale avec sa playlist, américaine elle aussi, Dream Theater et Marilyn Manson. À l’arrivée dans l’auberge, nous sommes accueillis avec un picnic chaleureusement déposé sur place par nos futurs copains russes. Salami, fromage fumé, salades inconnues et odeurs surprenantes. Et bien sûr la Vodka, que Véra nous sert généreusement avant de nous laisser nous assoupir dans nos deux chambres de trois et nos deux chambres de cinq. Je me souviens, en arrivant à vingt-deux heures, avoir entendu des plaintes au sujet d’une mauvaise blague. Cette histoire de nuit blanche, c’était donc faux puisqu’à vingt-et-une heure trente il faisait déjà nuit noire. Le lendemain matin, la Russie nous clouait tranquillement mais nettement le bec en nous réveillant à quatre heures du matin avec un soleil de zénith. En cette période de mois de mai, le soleil ne disparaît que quelques heures, puisque nous sommes bien au nord de l’hémisphère. Le dépaysement à cet instant précis est total. C’est un autre monde. Le réveil est dur pour tout le monde le lendemain matin. Il faut être à l’Acad Russe à neuf heures. Les trois cabines de douches mixtes sont un peu chargées, le ballon d’eau chaude se vide vite alors c’est un peu la guerre. Heureusement, les clichés au niveau de la météo ont aussi la vie dure. Pendant ce séjour, personne n’a sorti sa chapka précieusement embarquée pour l’occasion : il faisait plus chaud qu’en France. L’uniforme de base tenait plutôt de la robe ou du débardeur assorti aux lunettes que des bottes en feutre. C’est pourquoi les douches froides n’étaient pas si pénibles. Ah et il faut le dire : impossible de dormir avec les fenêtres ouvertes car cette ville, elle, ne dort pas et les moteurs des voitures ne font que vrombir plus et plus à mesure que la « nuit » avance. De toute façon, nous avons vite compris que les Russes ne dorment pas. En Russie, le repos ne semble pas exister. C’est ce que nous avons découvert en rencontrant nos homologues dans le travail. Malgré leurs innombrables heures de boulot, certains d’entre eux avaient la gentillesse de nous accompagner le midi au restaurant (ou cantine comme ils l’appellent car la plupart de ces bistrots sont en fait des selfs où l’on va soi même choisir ses plats et les déposer sur son plateau). Nous avons donc pu casser nos premiers billets de mille roubles. Et c’est là que nous nous sommes aperçus de l’écart de richesse entre les deux pays. Avec nos douze euros par jour, nous étions bien plus riches que les Russes. En effet, notre pécule quotidien représentait un tiers de leur bourse mensuelle. C’est pourquoi, les élèves qui nous accompagnaient ne commandaient qu’une petite salade et parfois rien du tout dans ces cantines. Nous nous en sommes vite aperçus et nous nous sommes empressés de les inviter. Le soir, le travail à l’académie finissait souvent vers vingt-trois heures. Il fallait encore manger, aller boire des coups, tout un programme. Ce qui nous emmenait très facilement vers deux heures du matin, heure où le soleil commence à poindre à l’horizon. À cet instant précis, nous pensions souvent : nuit perdue pour perdue, autant entamer dès maintenant cette nouvelle journée. Saint Petersbourg nous a donc fait expérimenter plusieurs journées de vingt quatre heures de veille enchainées. Ah… le ryhtme Russe…

Bilans et impressions

Au-delà de la découverte de la ville de Saint-Petersbourg – magnifiquement impériale –, c'est surtout la rencontre avec le théâtre et la pédagogie russe qui anime le soir nos discussions entre « frantsuzskiy » . Pour nombre d'entre nous, ce fut un choc en terme de pédagogie et d'esthétique théâtrale. Lors de cette première semaine, nous fûmes unanimement impressionnés par l'engagement que nos camarades russes portent au théâtre. Travaillant de jour comme de nuit, ils semblent prêts à tout pour être à la hauteur des exigences que leur demande l'école. Ici, l’excellence semble se payer au prix du sommeil et de la vie en dehors de l'école. Ils sont une classe de trente élèves et seulement seize d'entre eux auront l'opportunité de venir à Limoges pour poursuivre cet échange Franco-Russe. Nous comprenons donc douloureusement qu'il leur faudra faire partie des meilleurs. Ils sont seulement en première année et leurs capacités techniques sont saisissantes, comme nous avons pu l'apprécier lors du spectacle de bienvenue qu'ils nous ont présenté, ainsi qu'à l'occasion de leur examen de danse classique. Les cours techniques qu'ils suivent chaque matin – acrobaties, mouvement scénique, danse classique, diction – tendent à faire d'eux des acteurs physiquement capables de répondre scéniquement à toutes les demandes possibles. Nous constatons que leur manière d'appréhender l'interprétation est parfois très éloigné de la notre. Lorsque le soir, après la journée de cours, nous préparions avec nos camarades russes les scènes du Décaméron que nous souhaitions présenter le lendemain, ce fut souvent difficile de se comprendre et de se mettre d'accord. Si ces moments furent laborieux, ils furent aussi de concrètes occasions d'échanges culturels. Ils s'agissait de tenter de fusionner deux approches, deux visions de la scène souvent radicalement différentes – et cela dans un anglais approximatif ! Ces premiers moments à l'école ont donc été aussi impressionnants que déroutants, mais nous nous sommes essayés avec joie à ces nouvelles façons de travailler, quitte à avoir l'air bien raides et maladroits lors des exercices des cours techniques !Cette première semaine fut une semaine de rencontres : avec la Russie, l'Institut des Arts Scéniques de Saint-Pétersbourg, et surtout avec ses élèves de première année, qui nous ont merveilleusement accueilli. Toujours attentifs, ils nous ont guidés avec bienveillance toute la semaine, si bien que jamais nous nous sentîmes perdus dans cette grande ville que nous ne connaissions pas. Nous avons été touchés par leur sens de l’accueil et de l'hospitalité, qui nous a permis de prendre plus facilement nos repaires, et de nouer rapidement des liens entre nos deux classes.

 

Mon blog

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