Le blog de Nina Fabiani

Zentsuji - île de Shikoku

Lundi 29 juillet 2019

Nous avons quittés le KIAC le 19 juin pour nous rendre à Zentsuji, sur l'île de Shikoku.

En empruntant le pont qui relie l'île de Honshu à celle de Shikoku, nous avons été frappés par le panorama des îlots verdoyants, éparpillés au milieu du bras de mer qui relie les deux îles principales. Notre nouveau district sera à Shikoku Gakuin University, l'université catholique de Shikoku où il y a un département de Performing Arts et un théâtre.

Nous déposons nos bagages et assistons au premier "meeting" d'accueil de la résidence universitaire. Les règles rigoureuses qui définissent les conditions d'occupation du lieu auront raison de l'enthousiasme français. Soyons honnêtes : respecter un couvre-feu n'est pas dans nos habitudes, surtout les soirs de représentations. Mais chacun se résigne, s'adapte et collectivement, nous nous concentrons vers ce qui nous a amené ici : le travail. 

Ce prologue disciplinaire aura prouvé les choses suivantes :
1- Un couvre-feu à respecter, ce n'est pas la mer à boire.
2- Ce qui pouvait nous sembler rude au premier abord, aura fini par s'assouplir les jours suivants.
3- Cette légère discipline aura bénéficié aux représentations.

Mardi 25 juin, a eu lieu la première de La fibre scientifique. C'était un moment important car, même si nous avions déjà fait quelques présentations publiques au KIAC, c'était là, les premières représentations payantes. Le lendemain, le 26, c'était la première de Au fond de cette forêt. Nous nous engageons à présent pour une série de représentation au théâtre universitaire où s'alternerons les spectacles de La fibre Scientifique et de Au fond de cette forêt. La fin des festivités à Shikoku est prévue pour le 30 juin. 

À présent que le spectacle est créé, une journée de travail s'articule de la façon suivante :
Un rendez-vous est donné à 10h où tout le monde se retrouve pour un "meeting". C'est là que sont diffusées les informations importantes concernant la logistique, les emplois du temps ou des éventuelles remarques personnelles.
Puis, en fonction des besoins de chacun et des exigences de Oriza Hirata, du régisseur ou de Aya - notre alliée anglophone qui gère des sous-titres - nous faisons quelques "raccords". Cela peut concerner une réplique arrivée au mauvais moment qu'il s'agit de préciser, d'une entrée trop lente ou trop rapide ou d'un échange de répliques qui apparait comme dérythmé. Ces raccords se font le plus souvent avec la blouse (pour les lumières) et les chaussures (pour la démarche).

Parfois, ces raccords sont suivis par un filage en condition. La mise doit donc être précisément préparée (régler la taille des sièges, remplir les bannettes à biscuit de provisions, faire le réassort de thé et de café, organiser son casier...) en attendant le top du régisseur Koji. Lorsque celui-ci dit "doors are open", le silence se fait en coulisses et chacun se concentre sur son entrée. Parfois, un temps d'attente nous permet de faire un training individuel en mettant à profit les divers enseignements que nous avons reçu à L' Académie.

Dernière étape de notre périple nippon : Tokyo. Arrivés le 30 juin, nous posons nos valises dans l'auberge de jeunesse Wise Owl Hostel qui nous hébergera pour ces deux dernières semaines. Ce sont les six acteurs du groupe de Au fond de cette forêt qui répètent les premiers au Théâtre Agora. Non loin du quartier de Shibuya, c'est un lieu exceptionnel qu'occupe la Compagnie Seinendan, une ancienne maison sur cinq étages qui a été réaménagée en théâtre. Tout y est pensé pour la vie du théâtre, de l'espace d'accueil chaleureux du rez-de chaussée aux loges coquettes du cinquième étage et, comble de l'originalité de l'endroit, nos entrées par le côté jardin se font par ascenseur ! L'ouverture de la scène correspondant à la largeur du bâtiment, il n'y a pas de coulisses aux abords de la scène. La précision d'acteur qui nous ai demandé en est accrue : nous devons appréhender à la seconde près le moment d'envoyer l’ascenseur qui nous débarquera sur scène. Quelques répétitions sont nécessaires et sont faits également des ajustements de texte pour que la parole puisse être fluide et épouser au mieux ce nouveau lieu. C'est une partition bien réglée que nous devons suivre pour que la pièce trouve tout son intérêt. Pendant les répétitions, les techniciens se parlent par talkie-walkie d'un étage à l'autre et les retours sons nous permettent de suivre l'avancée des scènes depuis les quatre coins du théâtre. Nous arrivions ainsi à notre première représentation à Tokyo, espérant de toutes forces que l'ascenseur soit un bon allié de scène et ne nous lâche pas !

 

 L'emploi du temps des six acteurs qui jouent à la fois dans La Fibre Scientifique et dans Au fond de cette forêt est bien chargé. Certains jours, les deux pièces sont représentées, l'une l'après-midi et l'autre le soir... Autant dire qu'ils ne chôment pas ! Nous trouvons tout de même le temps de tous nous promener dans la ville aux 30 millions d'habitants. Nous découvrons le quartier animé de Shibuya, qui se trouve à 15 minutes à pied de notre auberge. C'est le Tokyo que l'on pouvait imaginer : foule, lumières, écrans publicitaires démesurés sur les buildings, et plus grand passage piéton du monde !

 

  

Nous nous rendons également à Shinjuku, un peu plus au nord, où, depuis le Siège du gouvernement métropolitain de Tokyo, on peut profiter d'une vue de la ville à 360 degrés, perché à plus de 200 mètres de haut. Lorsqu'un jour de repos nous le permet, nous nous lançons dans des périples en métro pour découvrir les quartiers un peu plus éloignés du nôtre comme celui d'Akihabara, le quartier des jeux de Tokyo. Cette visite nous permet de réaliser l'importance du jeu dans la culture Tokyoïte : des dizaines de salles de bornes d'arcades se succèdent dans les rues du quartier. Jeux de fêtes foraines pour gagner des peluches ou des figurines, danse sur des tapis lumineux, Mario Kart immersif, poker, fléchettes, tous les jeux numériques imaginables s'y trouvent.

Sur les conseils de Issei Mori ,un acteur de la compagnie Seinendan, certains d'entre nous ont eu l'occasion de se rendre à une représentation au Théâtre International de Tokyo. La salle de 1600 places accueillait deux courtes pièces issues du répertoire classique Kabuki et du Kyogen. Les rideaux brodés d'or, les décors se déplaçant sans bruit et la beauté des costumes nous ont ravi. L'élocution très large des acteurs se rapprochait assez de la déclamation propre à l'ancien théâtre français. Nous avons aussi fait beaucoup d'autre liens entre le théâtre tel qu'on le pratiquait avant et le théâtre de Kabuki : pantomimes, petites pièces ou les acteurs dansent et jouent comme dans les comédies-ballets, passages chantés... L'intensité du spectacle nous a donné envie de reconsidérer certains arts tombés en désuétudes en occident.  

D'autres encore sont allés sur l'île artificielle d'Odaiba où se trouvent le Miraikan (Musée du futur) et le Team Lab, un musée d'Arts Numériques, qui nous ont permis de constater l'avance des japonnais en matière de technologie et de robotique.

Le soir, notre établissement à l'auberge nous permet de rencontrer des jeunes personnes de tous horizons (londoniens, québecquois, chicagoans, australiens, mexicains,...) et nous pouvons échanger avec eux sur notre expérience du Japon.

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