Le blog de Yannick Cotten

MARRAKECH-MAROC

Jeudi 23 mai 2019

ROMÉO ET JULIETTE

Suite à un stage en 2ème année à L'Académie, dirigé par Anne-Laure Liégeois, à partir de Roméo et Juliette de W. Sakespeare, j'ai eu la chance d'être "repéré" par Anne-Laure Liégeois ...et me voilà, aujourd'hui engagé dans ce projet loin de mes camarades de promo, eux en création au Japon. 

L'ARRIVÉE À MARRAKECH 
Lundi 13 mai, après un peu plus de 3 heures d'avion, l'équipe française du projet et moi-même arrivons à Marrakech aux alentours de 17h, heure locale (deux heures de moins qu'en France, mesure appliquée en raison du ramadan). La chaleur est écrasante dès la sortie de l'avion (44 degrés). Cette petite canicule va durer plusieurs jours avant de redescendre à une température plus clémente.
Nous arrivons une demi-heure plus tard à la maison Denise Masson, notre lieu d'accueil pour la première semaine de création, situé en plein cœur de la médina (la vieille ville, centre de Marrakech). Un lieu magnifique, avec un petit jardin clos, entouré de hauts murs, ce qu'on appelle ici un riad (maison urbaine marocaine traditionnelle, construite autour d'un patio ou d'un jardin intérieur entouré de galeries avec une fontaine en son centre).
Cette première soirée marque l'arrivée de toute l'équipe et la rencontre entre nous tous, ponctué à 19h30 par le ftour, le repas qui marque au coucher du soleil la rupture du jeûne du ramadan.
Après une première soirée de rencontre, nous partons rapidement nous coucher ; certains restent à la maison Denise Masson, d'autres dorment chez des partenaires et amis de l'institut Français du Maroc.
Je me couche alors que j’entends encore les prières de la mosquée qui résonnent dans la médina. La nuit sera très agitée en ville, car le jeûne reprend après un dernier repas qui a lieu à 4h du matin. Je m'endors vers minuit, avec la sensation surprenante et agréable que l'arabe du Coran, psalmodié et chanté tout au long de la nuit, au loin, ressemble étrangement au breton...

Nous commençons le travail dès le lendemain, à partir de 11h30, heure tardive pour démarrer ! car nombreux sont ceux de l'équipe marocaine à faire le ramadan et donc à veiller jusqu'à très tard. Cette première journée, au travers d'une lecture de la pièce dans son entièreté et des premières paroles d'Anne-Laure Liegeois, permet de rappeler à toute l'équipe les parti-pris et les enjeux de cette mise en scène :
Nous sommes 7 acteurs français avec Anne Laure Liegeois à la mise en scène et 9 acteurs marocains avec Amine Naouni à l'assistance à la mise en scène.
La traduction de la pièce est d' Anne-Laure. Ghassan El Hakim s'est basé sur sa traduction pour traduire les parties en darija (arabe marocain) et en arabe classique. Elle a totalement reconstruit la structure du texte, qui n'est plus divisée en actes mais en épisodes : Trois épisodes, qui seront joués trois soirs différents, dans trois lieux différents.
Un « théâtre feuilleton », ou les spectateurs viendront chaque jour pour suivre la suite de l'histoire. Ce choix de mise en scène sert notamment à mettre en avant la fulgurance de la fable de Roméo et Juliette, car tout se passe en quatre jours :
1er épisode → 1er jour
2nd épisode → 2ème jour
3ème épisode → 3ème et 4ème jours.

Autre particularité : la pièce sera jouée en trois langues ; français, arabe classique et darija.
Le premier jour de lecture sert justement à tester ce choix d'adaptation pour vérifier sa justesse et sa pertinence. Ce parti-pris est audacieux, car lorsque la pièce sera jouée en France et au Maroc, il n'y aura aucun surtitrage pour la compréhension du public. Le jeu devra aussi servir ce choix, dans les intentions et les corps, pour que le spectateur comprenne les situations au delà des mots.

Pour ouvrir et clôturer chaque épisode, un prologue et un épilogue, écris par le metteur en scène et auteur québécois Olivier Kemeid, seront joués en français et en marocain par des personnages de la pièce : deux valets de chaque maison ennemi l'une de l'autre (Capulet et Montaigu).
Ces introductions et conclusions serviront de repère et d'aide pour suivre l'intrigue, permettant une compréhension globale des enjeux de chaque représentation, notamment pour d’éventuels nouveaux arrivants qui ne suivraient la fable qu'à partir du second ou du troisième épisode.
L'un des derniers points importants, qui est relatif autant au jeu qu'aux costumes ou au décor, est le choix de se rapprocher le plus possible d'une esthétique théâtrale proche de l'époque de Shakespeare, avec un plateau nu modulable et des escaliers, qui changera aussi de disposition selon les épisodes. Aucun autre décor ou accessoire ne sera utilisé ; les costumes sont d'inspiration élisabéthaine, proche du XVIème siècle anglais ; le public sera debout et suivra les différents tableaux qui seront joués tout autour de lui. Choix d'épisodes aussi pour le confort des spectateurs, qui ne resteront pas debout plus d'une heure.

Anne-Laure nous amène, dès le premier jour, à prendre en considération tout ces éléments : pas de musique (sauf jouée et chantée en direct), pas de lumières, pas d'accessoires ni de décors ; juste un plateau et notre jeu qui devra être ample, notre voix qui devra être forte, notre corps qui devra être engagé totalement. Un désir de théâtre dans son essence d'origine, populaire, où le texte et le jeu tiennent la première place.

Dans la lignée du premier jour, les suivants se passèrent à la table, en travaillant en détail les enjeux et les situations de chaque scène, les remises en questions de certains choix d'adaptation et de traduction, les éventuelles modifications pour la compréhension, et aussi l’acclimatation, pour moi et le reste de l'équipe française, de jouer plusieurs scènes avec un partenaire dont on ne comprend pas la langue.
La scène du balcon par exemple, où Roméo parle en français et Juliette lui répond en marocain. Une particularité de la scène qui m'est devenue plus aidante que prévu : en ne comprenant rien au sens et au contenu des propos de ma partenaire, je me réfère essentiellement aux sons et à la mélodie de la langue et de la voix et suis continuellement tendu vers elle, dans l'écoute de ses inflexions de voix, ses gestes, seuls éléments qui me permettront de lui répondre. Sûrement une des scènes où le choix de traduction parait le plus évident, où l'amour, tout en traversant et se défiant des conflits humains, vainc aussi la barrière de la langue, qui est passionnément utilisée par les amants de Vérone comme une façon de plus pour se découvrir.

En dehors des sessions de travail de la journée, nous avions tout loisir pour découvrir la ville le soir. En étant à la maison Denise Masson, nous avions la chance de nous trouver dans un quartier de la medina très populaire et vraiment très beau, l'esthétique de la vieille ville arabe me dépaysant complètement des constructions occidentales.

Après 20 minutes de marche, nous pouvions nous rapprocher de la place Jemaa el-Fna, la place mythique de Marrakech, avec énormément de stands pour manger des grillades, des tajines, des pâtisseries, manger encore et toujours, boire des jus de fruits, écouter de la musique, voir avec surprise un singe vous monter dessus....
Un lieu phare, à la fois joyeusement étonnant et guêpier à touriste.

Tout autour de la place s'étend le souk de la medina, lieu dans lequel se trouvent la plupart des commerçants du centre de la ville et un labyrinthe dans lequel nous nous sommes perdus bien des fois.

Nous avons tous terminé cette première semaine avec une conscience plus aigue de notre travail à venir. Ce n'était que le début de notre création, mais déjà, Anne-Laure pouvait nous dire qu'après cette semaine de lecture, pour elle une très grande partie du travail était faite, c'est cette première session qui lui a permis de dessiner les grands contours de sa mise en scène et des orientations de jeu. Nous terminons le dimanche après-midi par une session de chants traditionnels marocains, surtout pour nous français qui devront en apprendre deux, qui seront introduits dans le spectacle.
Le dimanche soir nous préparons nos affaires pour nous rendre dès le lendemain dans le second lieu de résidence : l’hôtel Mövenpick.

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