Rencontre avec Paul Golub, responsable pédagogique de L’Académie de l’Union (extraits)

Rencontre avec Paul Golub, responsable pédagogique de L’Académie de l’Union (extraits)

La mise en scène comme la pédagogie conduisent un groupe d’acteurs à entreprendre un voyage de recherche, à sonder un terrain inconnu, à essayer de comprendre par des méthodes presque empiriques le chemin qui mène à la réalisation d’une œuvre. Le metteur en scène comme le pédagogue sont des passeurs qui ont l’intuition de la traversée, des bons et mauvais vents, des pièges qui menacent, des terres encore inexplorées qui peu à peu apparaissent. Dans les deux cas, il s’agit d’œuvrer tout autant avec des idées, des intuitions, des envies qu’avec ce matériau vivant qu’est le comédien : son corps, ses tentatives, son adresse comme sa maladresse. Il s’agit d’être le miroir par lequel le comédien, à force de regards et de commentaires, parvient à approfondir le travail déjà accompli, et à mesurer celui qui s’offre à lui. J’espère pouvoir transmettre aux élèves un éclat de cet appétit pour l’autre, de cette curiosité qui permet d’ouvrir grand les portes de l’esprit et de s’ouvrir à bien des voyages.

 

Le fait d’être à douze kilomètres de Limoges renforce, à mon sens, l’intensité du travail scénique. Les jeunes comédiens sont moins happés par l’effervescence de la ville et développent une plus grande concentration sur le plateau. En cela, la situation géographique de l’Académie est un accélérateur de travail. Dans ce cadre naturel magnifique, c’est sans doute une très grande chance de pouvoir se concentrer, à ce point et pendant trois ans, sur la voix, le corps, le mouvement, l’écriture et le jeu. Le risque de renfermement est endigué par des voyages récurrents à l’étranger, par le visionnage des spectacles dans les grandes villes avoisinantes, sur Paris, et par la multiplication des rendez-vous avec le public.

 

Le lien avec le Centre Dramatique National permet aux jeunes comédiens de se familiariser au fonctionnement d’un théâtre professionnel de haut niveau. C’est en permanence être associés au fonctionnement et aux enjeux d’une structure dédiée à l’art dramatique, accompagner la vision d’un directeur-artiste, côtoyer des équipes en création, observer les techniciens et le personnel administratif. C’est enfin jouer sur une grande scène équipée et médiatisée, car les trois années de formation sont scandées par de multiples prestations devant le vrai public.  Lors des spectacles de deuxième et troisième année, les apprentis-comédiens se produisent dans les productions des metteurs en scène invités. Ce sont aussi leurs propres créations qu’ils proposent aux spectateurs du Théâtre de l’Union dans le cadre d’une semaine consacrée à leur projet personnel. C’est enfin une participation active au festival les Francophonies en Limousin. Tout ceci concourt à les convertir dès leur première année en artisans impliqués dans la vie culturelle d’un territoire donné.

 

Il y a, dans la formation de l’acteur, des fondamentaux incontournables, que ce soit dans les enseignements « techniques » autour de la voix et du corps, que ce soit dans les méthodes qui favorisent la compréhension et l’interprétation des textes, que ce soit dans les approches qui permettent au comédien d’approfondir son intelligence et son imaginaire. Cependant, l’apprentissage de ces notions essentielles n’exclut pas la confrontation avec les médias nouveaux qu’empruntent certains créateurs d’aujourd’hui. La familiarisation avec les techniques vidéo et circassiennes, entre autres, la maîtrise des outils et des potentialités que ces investigations parallèles offrent, sont indispensables dans la formation d’un acteur désirant s’inscrire sur la scène contemporaine.

 

Les élèves sont confrontés à une pluralité de voies et de visions artistiques. Ils passent de l’étude du théâtre russe et du système stanislavskien à la méthode Suzuki, d’une dramaturgie textuelle à la pure expression corporelle, du clown à la poésie, et, de semaines en semaines, découvrent qu’il n’y a pas de chemin unique pour construire leur vérité scénique. Si un comédien peine lors d’un stage, il peut tout aussi bien se libérer et s’épanouir au cours d’un autre. Il n’y a donc pas de moule, pas de normes. L’Ecole est un creuset d’expériences singulières, un fleuve aux multiples affluents.

Pour cette raison, nous sommes désireux d’explorer la manière de travailler de nos collègues étrangers. Connaître d’autres pays, d’autres scènes, d’autres manières d’appréhender le théâtre, c’est apprendre à se remettre en question et à se libérer des habitudes. C’est se confronter à « l’étrangeté » que nous portons en chacun de nous, connaître d’autres manières d’appréhender le monde et de tenter de le changer. Et puis, « curiosité, rencontre, ouverture », ces mots sont l’apanage du comédien.

 

Dès lors, il faut que chaque stage, chaque projet menés par les artistes invités ouvrent de vastes champs d’exploration pour nos jeunes acteurs. L’idéal serait que chacune de ses rencontres artistiques génère potentiellement une envie professionnelle de travailler ensemble. En somme, il faut sans cesse préparer nos jeunes comédiens à devenir des acteurs-créateurs, grands arpenteurs du monde et d’eux-mêmes, qui puissent répondre techniquement et intellectuellement aux exigences qu’imposent les projets de leurs futurs metteurs en scène.